La plupart des voyageurs atterrissent à Larnaca, récupèrent leur voiture de location et prennent immédiatement l’autoroute vers Paphos ou Ayia Napa. Ils font une erreur. Vous sentez l’odeur du kérosène mélangée à l’air salin dès la sortie du terminal. Cette ville mérite qu’on s’y arrête quelques jours avant de foncer vers les grandes stations balnéaires. J’y ai passé pas mal de temps. On y trouve un rythme de vie beaucoup plus lent et des quartiers qui n’ont pas encore été complètement avalés par le tourisme de masse.
Les ruines sous la ville moderne
Vous pouvez vous promener avec un café glacé à la main et trébucher sur une pierre vieille de 3000 ans. Le tissu urbain s’est construit directement sur l’ancienne cité de Kition. Au milieu des rues commerçantes, l’église Saint-Lazare impose sa présence massive en pierre jaune. La légende raconte que Lazare a vécu ici après sa résurrection. La crypte qui abrite son tombeau dégage une odeur très particulière de vieil encens et de roche humide. C’est sombre et le plafond est très bas.
Le fort médiéval se trouve juste au bout de la promenade principale. L’entrée coûte 2,50 €. Il a servi de prison sous l’administration britannique et on peut encore voir la salle des exécutions au rez-de-chaussée. Et si vous marchez un peu vers le nord-ouest, les fondations cyclopéennes du site archéologique de Kition sont coincées entre des immeubles d’habitation des années 80, ce qui donne au lieu une atmosphère assez étrange que les guides touristiques mentionnent rarement.
La promenade des Finikoudes et les plages
Vous finirez forcément par marcher sur l’avenue des Finikoudes. Cette large allée est bordée de palmiers plantés il y a un siècle. Les habitants y viennent tôt le matin pour discuter ou boire un frappé. Mais trouver une place de parking près de la marina un dimanche après-midi relève de l’exploit absolu. La plage du centre-ville est pratique pour se rafraîchir rapidement. L’eau y est très peu profonde sur une longue distance.
Les locaux préfèrent rouler cinq minutes vers le sud pour aller à Mackenzie Beach. C’est là que les avions en phase d’approche passent juste au-dessus de vos têtes avec un rugissement sourd avant de toucher le tarmac. Le sable est gris et tassé. Il y a une colonie de chats errants qui traînent toujours autour de la taverne de poissons au bout de la plage, attendant patiemment les restes des clients. La plage de Faros est une autre option près du phare pour ceux qui détestent le bruit des bars de la côte.
Le festival de l’eau et Laïki Geitonia
La ville est normalement très calme. Sauf cinquante jours après la Pâques orthodoxe. Le front de mer est alors entièrement bouclé pour le festival de Kataklysmos. C’est une célébration liée au Déluge biblique. Des stands de nourriture grasse envahissent les trottoirs et la musique traditionnelle résonne très fort dans les haut-parleurs. Les enfants s’aspergent d’eau dans la rue toute la journée.
En dehors de ce chaos festif, le quartier de Laïki Geitonia montre un tout autre visage de Larnaca. Les ruelles piétonnes abritent des maisons restaurées avec des balcons en bois bleu. J’y ai acheté un petit bol en argile dans un atelier où le propriétaire travaillait directement sur le trottoir, fumant une cigarette tout en tournant la terre. Les prix ne sont pas affichés sur les pots en céramique à l’extérieur.
Le lac salé et Hala Sultan Tekke
La route de l’aéroport longe une grande étendue plate. En hiver, le lac salé est rempli d’eau et accueille des centaines de flamants roses. En plein mois d’août, tout s’évapore. Il ne reste qu’une croûte de sel craquelée sous un soleil brûlant qui aveugle complètement si on n’a pas de lunettes de soleil. Au bord de ce désert blanc se dresse la mosquée Hala Sultan Tekke.
C’est un lieu saint de l’islam entouré de cyprès d’un vert très sombre. Vous devez enlever vos chaussures à l’entrée. Le contraste entre le silence absolu du jardin intérieur et le bruit des réacteurs d’avions qui décollent à deux kilomètres de là crée une sensation vraiment particulière qu’on n’oublie pas facilement.
Infos pratiques sur le terrain
Le bus 425 vous emmène de l’aéroport au centre-ville pour exactement 2 euros. C’est le moyen le plus simple et le moins cher. Les chauffeurs de taxi à la sortie du terminal essaieront souvent de vous facturer 15 euros pour ce trajet de dix minutes. Louez une voiture uniquement si vous prévoyez d’explorer les villages environnants comme Pervolia ou les ruines néolithiques de Choirokoitia. La conduite se fait à gauche. Les ronds-points demandent un peu de concentration au début.
Pour manger, évitez les restaurants de l’avenue principale qui affichent des menus traduits en quatre langues avec des photos des plats. Allez plutôt dans les rues en retrait. Une vraie taverne chypriote sert des mezzés qui n’en finissent plus d’arriver sur la table. Demandez des koupepia, ces petites feuilles de vigne farcies à la viande hachée et au riz, et arrosez ça d’une bière locale très fraîche. Le service peut parfois être un peu lent le soir quand les terrasses sont pleines.
