Limassol
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Le Carnaval de Limassol au-delà des confettis : des Dionysies aux chars d’aujourd’hui

La date exacte glisse sur le calendrier chaque année en fonction de la Pâque orthodoxe. Fin février ou début mars, l’avenue Makarios ferme complètement à la circulation. C’est bruyant. Les chaises en plastique des cafés sont entassées à la hâte contre les vitrines pour faire de la place aux spectateurs. Vous pensez assister à un simple défilé de chars en papier mâché. Vous marchez en réalité dans les traces d’une tradition théâtrale qui remonte à l’Antiquité grecque.

Les concours de tragédie et l’héritage de Dionysos

L’histoire commence avec les anciennes Dionysies. Les Grecs organisaient ces grandes fêtes pour honorer Dionysos, le dieu du vin et des excès. Lors de ces célébrations, des auteurs s’affrontaient dans des concours de tragédies. Les acteurs portaient des masques très expressifs pour jouer plusieurs rôles et projeter leur voix vers les gradins supérieurs du théâtre. Aujourd’hui, les visages en plastique fluo vendus 3 euros dans les kiosques de la vieille ville de Limassol ont remplacé le cuir et le bois d’autrefois. Le principe reste exactement le même. Se cacher le visage permet de faire sauter les barrières sociales le temps de quelques jours. L’anonymat donne l’autorisation de danser au milieu de la rue.

Le grand défilé du dimanche

Le dernier jour des festivités attire des dizaines de milliers de personnes le long du front de mer. Des groupes locaux passent des semaines à coller et peindre d’immenses structures sur des remorques de tracteurs. Le thème imposé change à chaque édition. Et les fanfares locales jouent beaucoup trop fort. Les chars avancent à une lenteur exaspérante sous une pluie de confettis qui finissent inévitablement collés aux semelles de vos chaussures. Une compétition féroce se joue en coulisses. Le jury municipal décerne un prix au char le plus inventif et un autre au groupe le plus énergique. Les gagnants célèbrent leur victoire tard dans la nuit dans les tavernes autour du château médiéval.

Les défilés de l’après-midi

Le dimanche précédent est réservé à la parade des enfants. L’ambiance est nettement moins chaotique. Il n’y a pas de barrières de sécurité strictes. Des parents courent derrière des versions miniatures de super-héros ou d’animaux pour prendre des photos floues avec leur téléphone. Quelques jours plus tard, la parade Mesimerini traverse le centre. Ce défilé de l’après-midi a un rythme différent. Les participants descendent souvent de leur char pour acheter une bouteille d’eau ou saluer des connaissances dans la foule. C’est un événement beaucoup plus local où la moitié de la ville semble connaître l’autre moitié.

L’arrivée du Roi

Tout commence officiellement quand le Roi Carnaval fait son entrée dans Limassol. C’est une immense structure en paille montée sur roues. La municipalité choisit souvent de lui donner un visage satirique pour se moquer d’un politicien local ou d’une situation économique récente. Son règne est court. Le dimanche soir de la grande parade, la foule se rassemble pour le voir brûler. Cet incendie volontaire marque la fin immédiate de la consommation de viande et l’entrée dans le Lundi Pur. Le carême orthodoxe commence le lendemain matin.

S’organiser sur place

Trouver une place de parking près du parcours relève de l’exploit pendant les deux week-ends principaux. Les parkings municipaux proches de la mer affichent complet dès 10 heures du matin. C’est pas simple de circuler. Garez-vous plutôt vers les quartiers nords et redescendez à pied. Prévoyez de l’argent liquide. Le distributeur automatique situé près du vieux port a la fâcheuse habitude de tomber en panne le dimanche de la parade à cause du nombre de personnes qui essaient de retirer un billet de 20 euros pour acheter des boissons aux vendeurs ambulants.

Vérifiez le site de la mairie à l’approche du mois de février pour confirmer les dates exactes de l’année en cours. Les restaurants du centre-ville ne prennent souvent plus de réservations le soir du défilé final. Vous mangerez probablement un souvláki debout sur le trottoir en regardant les équipes de nettoyage balayer les tonnes de papier coloré qui recouvrent l’asphalte.