En octobre, l’humidité retombe enfin sur la côte sud de Chypre. Vous marchez le long de la rue Agiou Andreou et les terrasses débordent sur les trottoirs étroits. Oubliez les grands discours touristiques sur la gastronomie locale. À Limassol, on mange lourd, on mange tard, et les portions défient la logique. J’ai vite compris que commander une entrée et un plat par personne dans une taverne est une erreur de débutant.
Commander un mezé sans le regretter
Ne cherchez pas un menu détaillé. Le concept du mezé chypriote repose entièrement sur l’humeur du patron en cuisine. Vous vous asseyez dans un restaurant près de la rue Zig Zag et vous demandez simplement une portion pour deux. Ça coûte en moyenne 22 € par tête. Et ça commence doucement.
On vous apporte du houmous, du talatouri (leur version du tzatziki), des olives noires froissées. Vous attaquez le pain pita chaud avec enthousiasme. Grave erreur. La suite arrive en vagues ininterrompues. Des saucisses loukanika fortement fumées atterrissent sur la table, suivies de dalles de halloumi grillé qui grincent sous la dent. Les viandes au feu de bois débarquent quand vous n’avez techniquement plus faim. Prenez votre temps. Personne ne vous apportera l’addition pour libérer la table au plus vite.
Le vin local au-delà des boutiques souvenirs
Vous allez voir des bouteilles de Commandaria dans absolument toutes les vitrines près du vieux château. Ce vin doux ressemble à un porto très liquoreux et se boit frais en fin de repas. Pour trouver les domaines qui le produisent vraiment, il faut louer une voiture et rouler 40 minutes vers les montagnes du Troodos.
La route grimpe en lacets serrés juste après le village d’Erimi. Là-haut, les vignes de cépage Xynisteri poussent sur des pentes crayeuses assez arides. Les dégustations coûtent rarement plus de 5 € chez les petits producteurs familiaux. Évitez les grands complexes viticoles qui ont des parkings immenses conçus pour les bus de tourisme. Cherchez plutôt les panneaux en bois à moitié effacés sur la route de Platres.
Quand l’estomac sature du souvlaki
Manger local tous les jours finit par peser sur l’organisme. Limassol abrite une énorme communauté d’expatriés. Donc l’offre internationale y est massive. La nouvelle marina est complètement saturée de restaurants asiatiques et de pizzerias haut de gamme. Les prix y sont gonflés d’au moins 30 % par rapport au reste de la ville. Vous payez la vue sur les yachts russes.
Mais si vous marchez dix minutes vers l’est, le long de la promenade de Molos, l’ambiance change. Vous tombez sur de minuscules comptoirs syriens ou libanais. Un simple sandwich aux falafels à 4 € mangé sur un banc en béton face à la mer vaut souvent mieux qu’un dîner guindé au port.
Le rituel de fin de service
Les tavernes traditionnelles vous offrent presque toujours des fruits coupés ou des pâtisseries au sirop à la fin du repas. Acceptez le café chypriote qu’on vous propose avec. Il arrive brûlant dans une petite tasse blanche. Surtout, ne le buvez pas d’un trait.
Le fond est rempli d’un marc boueux très épais qui vous restera sur le palais si vous inclinez trop votre tasse. C’est amer, très fort, et ça réveille instantanément. Les serveurs ont tendance à courir dans tous les sens le samedi soir et peuvent paraître expéditifs au moment de payer. Ne le prenez pas personnellement. Et gardez des espèces sur vous. La machine à carte est bizarrement souvent en panne dans les petits établissements de quartier.
