Limassol
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Visiter Limassol et comprendre la Ligne Verte de Chypre

Prenez un café glacé à 3,50 euros sur la promenade de Molos un mardi matin d’octobre. La mer Méditerranée est calme. Les cargos attendent au large du grand port de Limassol. Cette ville côtière du sud est la deuxième plus grande de l’île. Mais c’est surtout votre point de chute le plus pratique pour explorer Chypre et comprendre sa géographie politique complexe.

Les événements de 1974

L’apparence actuelle de l’île découle directement d’une série de faits survenus au cours de l’été 1974. En juillet, un coup d’État militaire soutenu par la junte au pouvoir en Grèce a renversé le gouvernement chypriote. Quelques jours plus tard, la Turquie a lancé une intervention militaire dans le nord de l’île. Ces opérations ont abouti à la partition du territoire. L’armée turque a pris le contrôle d’environ 37 % de la superficie totale.

Les conséquences démographiques ont redessiné la carte de Chypre. Près de 200 000 Chypriotes grecs ont dû quitter leurs terres dans le nord pour fuir vers le sud. Ils sont devenus des déplacés internes du jour au lendemain. Beaucoup ont dormi dans des camps de tentes autour de Limassol pendant des mois avant que l’aide internationale et le gouvernement ne construisent des quartiers de relogement permanents en béton. Les anciens villages du nord restent inaccessibles pour ces familles. Et la question de la restitution des propriétés foncières domine encore la politique locale.

La zone tampon gérée par l’ONU

Une ligne de démarcation physique traverse le pays d’est en ouest. La Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) patrouille ce no man’s land depuis des décennies. La ligne coupe littéralement la capitale Nicosie en deux. Vous marchez dans une rue commerçante banale et vous tombez soudain sur un mur de barils peints en bleu et de sacs de sable. La République de Chypre contrôle la partie sud et fait partie de l’Union européenne. Le nord fonctionne sous l’administration de la République turque de Chypre du Nord, une entité que seule Ankara reconnaît sur le plan diplomatique.

Les litiges fonciers bloquent régulièrement les négociations. La Cour européenne des droits de l’homme a statué plusieurs fois sur ce sujet. L’affaire Loizidou dans les années 1990 a notamment confirmé que les propriétaires chypriotes grecs conservaient le titre légal de leurs terres situées au nord. Les résolutions des Nations Unies demandent le retrait des troupes militaires turques et le retour des personnes déplacées. Pour l’instant, le statu quo perdure.

Le visage actuel de la ville

À cause de l’arrivée massive de réfugiés en 1974, Limassol s’est étendue rapidement. La ville a dû absorber cette population et construire de nouvelles infrastructures à la hâte. Cela explique pourquoi l’architecture fonctionnelle des années 80 côtoie aujourd’hui les immeubles en verre de la nouvelle marina. Promenez-vous autour du château médiéval, près de la rue Agiou Andreou. Les ruelles étroites abritent des dizaines de tavernes où les locaux discutent bruyamment autour d’assiettes de souvlakis. Mais ne cherchez pas un parking gratuit dans ce quartier. Le petit terrain en terre battue derrière le vieux marché coûte 3 euros l’heure et se remplit avant 9h00.

Sur la route depuis la côte

Louer une voiture est indispensable pour sortir de l’agglomération. Conduisez vers l’ouest pendant une vingtaine de minutes sur l’autoroute A6 pour atteindre Kourion. Ce site archéologique gréco-romain s’accroche à une falaise au-dessus de la mer. Le vent y souffle presque toujours très fort. Le billet d’entrée coûte 4,50 euros et vous donne accès au grand théâtre antique restauré et aux mosaïques de la maison d’Eustolios.

Si vous remontez vers le nord, la route B8 quitte rapidement le niveau de la mer pour s’enfoncer dans le massif du Troodos. La température chute de plusieurs degrés. Les forêts de pins remplacent les broussailles sèches de la côte. Vous pouvez vous arrêter au monastère de Kykkos. Cet immense complexe orthodoxe est célèbre pour ses fresques très colorées et sa production de zivania, une eau-de-vie locale qui arrache la gorge.

Passer le point de contrôle de Nicosie

Vous pouvez franchir la Ligne Verte lors de votre séjour. Le poste frontière piétonnier de la rue Ledra, en plein centre de Nicosie, est le plus simple à utiliser. Présentez votre passeport européen aux policiers chypriotes grecs. Marchez cinquante mètres dans la zone démilitarisée entre les bâtiments abandonnés. Montrez ensuite votre document aux gardes chypriotes turcs de l’autre côté. L’opération prend à peine cinq minutes un jour de semaine normal.

Sachez que vous entrez dans une zone sous une juridiction différente. Votre forfait téléphonique européen passera immédiatement en hors forfait coûteux. La monnaie utilisée dans les commerces du nord est la livre turque, même si beaucoup acceptent les euros avec un taux de change variable. La République de Chypre autorise ces visites journalières pour les touristes. Elle considère cependant comme illégale toute arrivée initiale sur l’île par l’aéroport d’Ercan ou les ports du nord. Prévoyez donc toujours d’atterrir à Larnaca ou Paphos pour éviter les problèmes administratifs.